Histoire du village

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Le Plateau de Vivarais-Lignon est une zone relativement peu peuplée à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans la région vallonnée de la Haute-Loire. Le Plateau se situe autour du village de Chambon-Sur-Lignon avec une population répartie dans d’autres villages tels que Tence, Le Mazet-Saint-Voy. Il comprend également Saint Agrève, juste à la frontière avec l’Ardèche, ainsi que de nombreux petits villages et hameaux dans les deux départements.

Loin des grands axes de communication, les habitants du Plateau vécurent une vie normale, loin des problèmes de l’époque et de la guerre elle-même. La présence de personnalités marquées par les idées du christianisme social contribua au développement des villages du Plateau. En 1902, l’arrivée du chemin de fer désenclava le territoire et diversifia l’économie rurale. Le climat montagnard favorisa l’accueil des enfants des milieux ouvriers venus des grandes villes. Les bourgs principaux se transformèrent en lieux de villégiature durant la belle saison.

Les premiers réfugiés arrivèrent sur le Plateau à la fin des années 1930 : les Républicains espagnols, ensuite les allemands et autrichiens antinazis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hospitalité s’élargit pour secourir de nombreux réfugiés incluant les juifs, les fugitifs du Service de Travail Obligatoire sous Vichy et les belges, néerlandais et français fuyant l’avancée de l’armée allemande.

Avec l’aide d’organismes de secours comme la Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués) et l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants), le Plateau devint un centre de refuge et d’accueil. Les familles d’agriculteurs recueillirent régulièrement des enfants, créant des garderies et des pensions de famille, tout en poursuivant leur travail à la ferme.

Dès les premiers jours de l’occupation nazie, les habitants de Chambon-Sur-Lignon prirent part à une forme de résistance inspirée par les pasteurs pacifistes.

3500juifs sauvés par les habitants du Chambon-sur-Lignon et du plateau
76000juifs furent déportés de France pendant la guerre
25nationalités différentes trouvèrent refuge au Plateau

L’accueil des enfants 

Les enfants réfugiés furent scolarisés à l’Ecole Nouvelle Cévenole qui avait ouvert en 1938, et dans différentes écoles publiques des villages répartis sur le Plateau. Le logement sur le Plateau prit trois formes: pensions de famille (sorte d’hôtels modestes) et chambres d’hôtes, fermes et autres ménages individuels, et foyers d’enfants.

À la suggestion des pasteurs André Trocmé et Édouard Theis, des organisations militantes comme les Quakers, la Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués) et la Croix-Rouge suisse ouvrirent des centres de secours sur le Plateau, surtout pour les jeunes enfants et les adolescents.

Au cours de l’été 1941, de nombreuses maisons d’enfants furent construites et accueillirent de jeunes étudiants, dont la plupart furent libérés des camps d’internement en attendant leur rapatriement. En mai 1941, la Guespy (“Nid de Guêpes”), fondée par le Service de la Croix-Rouge suisse de Sauvetage pour Enfants, fut la première maison ouverte du Chambon-Sur-Lignon pour recevoir des adolescents. La Cimade installa en décembre 1941 le centre le Coteau Fleuri (une ancienne pension de famille), la maison d’hôtes les Grillons fut ouverte à l’automne 1942 par l’organisation pacifiste internationale MIR (Mouvement International de la Réconciliation) et la Maison des Roches fut ouverte en janvier 1942 dans un ancien hôtel, financée par le « Fond européen de Secours aux Etudiants ». Ces deux structures permettaient alors à des jeunes de reprendre leurs études secondaires ou supérieures.

Parmi les nombreux enfants juifs accueillis et cachés au Chambon-sur-Lignon figure le futur mathématicien Alexandre Grothendieck. De 1942 à 1944, après le franchissement de la ligne de demarcation par les troupes allemandes, Alexandre est séparé de sa mère et caché au Chambon-sur-Lignon, dans le camp de la Guespy, une maison d’enfants du Secours suisse aux enfants, où sont également cachées de nombreuses autres jeunes victimes des lois raciales. Il est alors élève du collège Cévenol, de la même ville, où il passe son baccalauréat à la fin de la guerre.

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Alexandre Grothendieck au Collège Cévenol

(Le Chambon sur Lignon, 1942-1944)

 La résistance au gouvernement de Vichy

Le dimanche 23 juin 1940, juste après la signature de l’armistice, alors que les français sont majoritairement en faveur du maréchal Pétain, héros de la Grande Guerre, les Chambonnais entrent en résistance grâce aux pasteurs du village.

Les pasteurs André Trocmé et Édouard Theis interpellent leurs paroissiens lors du prêche pour les appeler à résister « avec les armes de l’esprit » si le nouveau gouvernement leur demande de faire des actes contraire à l’Evangile. Le même jour, le pasteur Charles Guillon, maire du village et secrétaire général des UCJG, démissionne de la mairie pour ne pas être un « maire de Vichy ». Il entre en clandestinité et s’engage auprès des réfugiés entre Genève et Le Chambon-Sur-Lignon.

À Chambon-Sur-Lignon, les mouvements de jeunesse sont très actifs, le gouvernement du maréchal Pétain, très sensible à l’endoctrinement des jeunes, envoie le secrétaire d’état au sport et à la jeunesse, Georges Lamirand accompagné du préfet de Haute-Loire Robert Bach, visiter les scouts du Plateau, le 10 août 1942. La visite se termine par un culte.

À la sortie du temple, un petit groupe d’élèves de l’Ecole Nouvelle Cévenole s’adresse au ministre et lit une lettre de protestation, dénonçant le mesures antisémites et la rafle du Vel’ d’Hiv’, menée par les autorités de Vichy à Paris le 16 juillet 1942. Les élèves lui firent clairement savoir qu’il y avait un certain nombre de Juifs parmi eux.

Les 25 et 26 août 1942, débutent les grandes rafles dans la zone sud qui visent les juifs étrangers âgés d’au moins seize ans de Chambon-Sur-Lignon, tous les réfugiés en danger ont pu être cachés. Les jeunes ont mis leur menace à exécution, ils ont cachés leurs camarades juifs. Les gendarmes ordonnèrent à André Trocmé de leur donner les noms et la localisation des fugitifs. Malgré les menaces, il leur répondit:

” Nous ignorons ce qu’est un juif. Nous ne connaissons que des hommes.”

Ce fut le début des « chemins de fuite » pour rejoindre la Suisse, mis en place par Madeleine Barot de la Cimade et aidée par Mireille Philip de Chambon-Sur-Lignon.

Un exemple pour le reste de la France

Entre 1942 et 1944, une résistance civile à la fois organisée et spontanée, s’organisa au Plateau. Le sauvetage impliqua l’aide du plus grand nombre : pasteurs, secrétaires de mairie, instituteurs, gendarmes, agriculteurs, employés du chemin de fer, médecins, commerçants, propriétaires d’hôtels et de pensions de famille, personnels de maison, etc. Le Chambon-Sur-Lignon devint un exemple remarquable de la résistance civile en France.

Après la guerre, de nombreux habitants de Chambon-Sur-Lignon reçurent une médaille de « Juste parmi les Nations » témoignant de leur bravoure. Le 5 janvier 1971, Yad Vashem décerna le titre de “Juste” au pasteur André Trocmé. Sa femme Magda reçu le même prix en 1986, depuis près de 80 médailles ont été décernées.. Ce titre est la plus haute distinction civile conférée par l’Etat juif, attribué à ces personnes non-juives qui, au péril de leur vie, aidèrent des Juifs persécutés par l’occupant nazi. Le 5 Septembre 1988, l’ensemble des habitants de Chambon-Sur-Lignon et les communes environnantes reçurent un diplôme d’honneur collectif, par une dérogation exceptionnelle de la part de l’Etat israélien, une exception avec le village de Nieuwlande, en Hollande et le Danemark.

Grâce aux organisations de secours et au dévouement de la population française, trois-quarts des 330 000 juifs français furent sauvés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Association pour la Mémoire des Enfants Cachés et des Justes 

L’Association pour la Mémoire des Enfants Cachés et des Justes (AMECJ) a été fondée en mai 2010 à Chambon-Sur-Lignon par Prosper Amouyal, sous la présidence d’honneur de Simone Veil, ancienne Ministre et première présidente du Parlement européen, présidente d’honneur de l’Association.

Cette association est née de la volonté de faire connaître cette histoire, porteur d’un message d’espoir. Son objectif est de transmettre aux jeunes générations l’histoire exceptionnelle des villages du Plateau pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Association souhaite développer les échanges scolaires avec les écoles américaines et israéliennes pour faire connaître l’histoire du village et transmettre un exemple de tolérance.

Entre 2011 et 2013, l’association investit près de 215 000 € pour soutenir le Lieu de Mémoire. Depuis l’ouverture du Lieu de Mémoire en juin 2013, l’association poursuit son engagement auprès de la commune de Chambon-Sur-Lignon, propriétaire et gestionnaire du Lieu de Mémoire.

Rencontrer les amis américains du Chambon-Sur-Lignon